La pêche artisanale française est l’un des métiers les plus exigeants et les moins visibles de toute la chaîne alimentaire. Chaque jour, des femmes et des hommes partent avant l’aube, sur des bateaux de quelques mètres, pour ramener un produit que le consommateur découvre sur un étal sans rien savoir de son histoire. C’est cette histoire que je viens raconter.
Photographier la pêche, c’est accepter de travailler avec les éléments : la lumière bleue du petit matin, les embruns, le pont qui tangue, le reflet d’une écaille encore vivante. C’est être à bord, discret, au rythme de l’équipage, sans jamais ralentir le travail.
C’est aussi raconter tout ce qui entoure la mer : le port qui s’éveille, les filets qu’on répare, la criée et ses enchères, les mains abîmées par le sel et le froid, la transmission d’un savoir qui se perd. Je travaille sur deux registres complémentaires : le reportage embarqué (la marée, les gestes, les visages) et l’image produit (le poisson, le coquillage ou le crustacé mis en valeur dans toute sa fraîcheur, pour la vente comme pour la table).
Ces deux niveaux d’images répondent à un même enjeu : rendre leur juste place à ceux qui nourrissent nos tables. Pour une coopérative, une criée, un poissonnier, un restaurant ou un territoire littoral, ils construisent un récit visuel sincère, celui d’un produit qui a un visage.

